Combien d'enfants sont victimes ? À quel âge ? Par qui ? Les violences sexuelles faites aux enfants se mesurent mal — aucune enquête ne les compte en temps réel. Nous présentons ici les chiffres les plus solides, en indiquant à chaque fois leur source, ce qu'ils mesurent exactement, et leur niveau de preuve.
Ce que mesurent les grandes enquêtes nationales.
Enquête représentative de la populationChercheurs, cliniciens, statisticiens, épidémiologistes — Notre Puissant Son veut produire des données rigoureuses sur le terrain ariégeois et sur le terrain français. Rejoignez notre démarche scientifique.
Âge à la première agression sexuelle.
Enquête représentative de la populationAvant 5 ans
6 à 10 ans
11 à 14 ans
15 à 17 ans
À lire : dans la famille, c'est encore plus tôt — avant 11 ans pour plus d'1 fille sur 2 et plus de 6 garçons sur 10.
Rapportés à notre département, ces ordres de grandeur deviennent concrets.
Extrapolation NPS, à partir de données représentativesSource : Extrapolation Notre Puissant Son, taux nationaux (CIIVISE 2023) appliqués à la population ariégeoise (INSEE 2022 : ≈ 153 000 habitants, dont ≈ 27 800 mineurs). Ordres de grandeur, pas un comptage local.
Les victimes sont surtout des filles ; les agresseurs, presque toujours des hommes.
Enquête représentative de la populationDe la famille (inceste élargi)
Un proche de la famille
Hors famille
À lire : en comptant la famille et les proches, c'est environ la moitié des violences sexuelles pour les filles et un tiers pour les garçons — et la quasi-totalité quand l'enfant est très jeune.
Le profil de l'agresseur intra-familial diffère nettement selon le sexe de l'enfant. Attention aussi aux grands frères et cousins.
Enquête représentative de la populationPère ou beau-père
Frère
Oncle
Cousin
Grand-parent et autres proches (reliquat)
À lire : pour les filles victimes de violences sexuelles, d'abord le père ou le beau-père (1 cas sur 3). Pour les garçons, d'abord un frère ou un cousin — souvent un mineur ou un jeune adulte.
La France n'est pas une exception : ses niveaux sont cohérents avec l'Europe de l'Ouest.
Enquêtes représentatives de la populationMonde
Suisse (contact)
France
À lire : l'Europe de l'Ouest se situe autour de 9,6 % des mineurs (OMS Europe). Ni problème « importé », ni spécificité française — un fait social massif et partagé.
Les violences sexuelles subies dans l'enfance pèsent sur la santé mentale, souvent toute la vie.
Synthèse de méta-analyses — preuves robustesÀ lire : s'y ajoute un risque accru de stress post-traumatique (× 2,3) — l'un des effets les mieux établis : dans les cohortes suivies, près de 4 victimes sur 10 développent un état de stress post-traumatique.
Avoir été victime dans l'enfance fragilise face à de nouvelles violences sexuelles plus tard. Ce n'est ni une fatalité, ni une responsabilité de la victime.
Synthèse de méta-analyses — preuves robustesÀ lire : le trauma (dissociation, sidération, perte des signaux d'alerte) crée une vulnérabilité — jamais une responsabilité. C'est précisément ce qu'un entourage d'adultes formés peut interrompre.
Le niveau de preuve, le vocabulaire et les façons de mesurer — pour tout lire avec les bonnes clés.
À retenir : les violences sexuelles sans contact ne sont pas anodines. En population générale, elles sont elles aussi associées à une dégradation considérable de la santé mentale et de la qualité de vie des adolescents (Landolt, Schnyder, Maier & Mohler-Kuo, Psychotherapy and Psychosomatics, 2016).
● Mesure robuste
On décrit des actes précis et on demande s'ils ont eu lieu : « t'a-t-on imposé des attouchements, une pénétration… ? ». La personne n'a pas à se qualifier de « victime ».
→ VIRAGE-INED, Inserm-Ciase, Santé publique France. Comparable, reproductible.
● Mesure sensible à la formulation
On demande directement : « vous considérez-vous victime d'inceste ? ». Le répondant décide seul de ce que le mot recouvre.
→ Sondages Ipsos / Face à l'inceste. Capte l'évolution de la parole, plus fragile en valeur absolue.
Conséquence : le « 11 % » d'Ipsos (auto-déclaré) et le « ≈ 10 % » de la CIIVISE (caractérisé) ne mesurent pas la même chose — on ne peut pas les comparer directement.
• CIIVISE 2023 synthétise les grandes études (surtout VIRAGE-INED, 27 268 personnes). Le « 160 000/an » et le « 2 à 3 par classe » en sont des transpositions, pas des comptages directs.
• Deux CIIVISE à ne pas confondre : d'un côté cette synthèse d'enquêtes représentatives, que nous utilisons pour les fréquences ; de l'autre les 30 000 témoignages recueillis par appel public — précieux pour les parcours, mais non représentatifs : ce sont des personnes qui ont fait la démarche de témoigner, pas un échantillon tiré au sort. Nous n'utilisons jamais ces témoignages pour un pourcentage.
• Âge et agresseurs : INED, Population & Sociétés n°612 (2023), enquête Inserm-Ciase 2021.
• Conséquences sur la santé : Hailes, Yu, Danese & Fazel, umbrella review de 19 méta-analyses (≈ 4 millions de personnes), The Lancet Psychiatry (2019).
• Comparaison mondiale : The Lancet / IHME (2025).
• Revictimisation : Walker et al., méta-analyse, Trauma, Violence & Abuse (2019).
Chercheurs, cliniciens, statisticiens, épidémiologistes — Notre Puissant Son veut produire des données rigoureuses sur le terrain ariégeois, là où la France manque encore d'une mesure directe. Rejoignez notre démarche scientifique.
Survolez ou touchez chaque chape pour découvrir ce qu'elle recouvre ↓
Un enfant qui subit des violences essaie souvent de le faire savoir — par des mots, par des signes. Trop souvent, ce son ne remonte pas à la surface.
Six « chapes » se referment, l'une après l'autre, sur le puits et étouffent la parole de l'enfant devenu victime, et de l'enfant victime devenu grand. Les nommer, c'est savoir où agir.
Il existe un maillon parfaitement absent de la chaîne de protection, qu'elle soit institutionnelle ou associative : la formation des adultes.
Renforcer ce maillon, c'est diffuser les gestes de protection comme une compétence civique ordinaire — par éducation, répétition et familiarisation —, comme on diffuse les premiers secours, la sécurité routière ou l'hygiène des mains. C'est aussi le moyen le plus direct de fissurer le « puits sans son » : un enfant entouré d'adultes formés est mieux prévenu et mieux écouté, et l'omerta commence à se desserrer.
Trois découvertes récentes — un livre, une vidéo, un podcast — qui nous ont marqués. Nous vous encourageons à consulter la médiathèque complète.