Comprendre · Le problème
Combien d'enfants sont victimes ? À quel âge ? Par qui ? Les violences sexuelles faites aux enfants se mesurent mal — aucune enquête ne les compte en temps réel. Nous présentons ici les chiffres les plus solides, en indiquant à chaque fois leur source, ce qu'ils mesurent exactement, et leur niveau de preuve.
Ce que mesurent les grandes enquêtes nationales.
Enquête représentative de la populationCes chiffres recouvrent des actes très différents — du harcèlement au viol. Voici comment ils se répartissent.
Ordres de grandeur · retraitement VIRAGEAu sein des violences avec contact
Viol (et tentative)
Agression sexuelle (attouchement)
À lire : parmi les violences avec contact, environ 4 sur 10 chez les filles et 1 sur 2 chez les garçons sont des viols ; le reste, des attouchements.
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Âge à la première agression sexuelle.
Enquête représentative de la populationAvant 5 ans
6 à 10 ans
11 à 14 ans
15 à 17 ans
À lire : dans la famille, c'est encore plus tôt — avant 11 ans pour plus d'1 fille sur 2 et plus de 6 garçons sur 10.
Rapportés à notre département, ces ordres de grandeur deviennent concrets.
Extrapolation NPS, à partir de données représentativesSource : Extrapolation Notre Puissant Son, taux nationaux (CIIVISE 2023) appliqués à la population ariégeoise (INSEE 2022 : ≈ 153 000 habitants, dont ≈ 27 800 mineurs). Ordres de grandeur, pas un comptage local.
Les victimes sont surtout des filles ; les agresseurs, presque toujours des hommes.
Enquête représentative de la populationDe la famille (inceste élargi)
Un proche de la famille
Hors famille
À lire : en comptant la famille et les proches, c'est environ la moitié des violences sexuelles pour les filles et un tiers pour les garçons — et la quasi-totalité quand l'enfant est très jeune.
Le profil de l'agresseur intra-familial diffère nettement selon le sexe de l'enfant.
Enquête représentative de la populationPère ou beau-père
Frère
Oncle
Cousin
Grand-parent et autres proches (reliquat)
À lire : pour les filles victimes de violences sexuelles, d'abord le père ou le beau-père (1 cas sur 3). Pour les garçons, d'abord un frère ou un cousin — souvent un mineur ou un jeune adulte.
Plus l'agresseur est proche, plus l'enfant est jeune au moment des faits. Et, dans la famille, la violence faite aux garçons est plus souvent un viol.
Enquête représentative de la populationDes victimes plus jeunes (âge à la première violence)
| dans la famille | filles | garçons |
|---|---|---|
| avant 11 ans | ≈ 55 % | ≈ 61 % |
| 11 à 14 ans | ≈ 31 % | ≈ 29 % |
| 15 à 17 ans | ≈ 14 % | ≈ 10 % |
| hors famille | filles | garçons |
|---|---|---|
| avant 11 ans | ≈ 28 % | ≈ 29 % |
| 11 à 14 ans | ≈ 31 % | ≈ 46 % |
| 15 à 17 ans | ≈ 42 % | ≈ 26 % |
À lire : dans la famille, plus de la moitié des enfants ont moins de 11 ans lors de la première violence (≈ 55 % des filles, ≈ 61 % des garçons). Hors de la famille, c'est bien plus tard, souvent à l'adolescence. L'inceste frappe les plus jeunes — filles comme garçons.
Et, pour les garçons, plus souvent un viol (part de viols parmi les violences avec contact)
| dans la famille | filles | garçons |
|---|---|---|
| viol (et tentative) | ≈ 41 % | ≈ 65 % |
| agression (attouchement) | ≈ 59 % | ≈ 35 % |
| hors famille | filles | garçons |
|---|---|---|
| viol (et tentative) | ≈ 43 % | ≈ 39 % |
| agression (attouchement) | ≈ 57 % | ≈ 61 % |
À lire : dans la famille, la violence faite à un garçon est un viol dans ≈ 65 % des cas, contre ≈ 39 % hors famille. Pour les filles, la part de viols ne change quasiment pas (≈ 41 % vs 43 %) : l'inceste les frappe surtout plus jeunes, et non plus souvent par un viol.
La France n'est pas une exception : ses niveaux sont cohérents avec l'Europe de l'Ouest.
Enquêtes représentatives de la populationMonde
Suisse (contact)
France
À lire : l'Europe de l'Ouest se situe autour de 9,6 % des mineurs (OMS Europe). Ni problème « importé », ni spécificité française — un fait social massif et partagé.
Les violences sexuelles subies dans l'enfance pèsent sur la santé mentale, souvent toute la vie.
Synthèse de méta-analyses — preuves robustesÀ lire : s'y ajoute un risque accru de stress post-traumatique (× 2,3) — l'un des effets les mieux établis : dans les cohortes suivies, près de 4 victimes sur 10 développent un état de stress post-traumatique.
Avoir été victime dans l'enfance fragilise face à de nouvelles violences sexuelles plus tard. Ce n'est ni une fatalité, ni une responsabilité de la victime.
Synthèse de méta-analyses — preuves robustesÀ lire : le trauma (dissociation, sidération, perte des signaux d'alerte) crée une vulnérabilité — jamais une responsabilité. C'est précisément ce qu'un entourage d'adultes formés peut interrompre.
Le niveau de preuve, le vocabulaire et les façons de mesurer — pour tout lire avec les bonnes clés.
Les périmètres de mesure
Non mesuré, mais bien réel — le climat incestuel. Ces enquêtes comptent des actes. Le psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier a, lui, décrit l'incestuel (1995) : un climat familial d'emprise et de confusion des places — « un climat où souffle le vent de l'inceste, sans qu'il y ait inceste » —, l'empreinte de l'inceste sans qu'un acte sexuel caractérisé ait nécessairement eu lieu. Faute d'acte identifiable, il échappe aux chiffres de cette page ; il n'en est pas pour autant anodin, Racamier le décrivant comme potentiellement pathogène pour l'enfant, et comme pouvant constituer le terrain d'un passage à l'acte incestueux au sein de la famille.
À retenir : les violences sexuelles sans contact ne sont pas anodines. En population générale, elles sont elles aussi associées à une dégradation considérable de la santé mentale et de la qualité de vie des adolescents (Landolt, Schnyder, Maier & Mohler-Kuo, Psychotherapy and Psychosomatics, 2016).
● Mesure robuste
On décrit des actes précis et on demande s'ils ont eu lieu : « t'a-t-on imposé des attouchements, une pénétration… ? ». La personne n'a pas à se qualifier de « victime ».
→ VIRAGE-INED, Inserm-Ciase, Santé publique France. Comparable, reproductible.
● Mesure sensible à la formulation
On demande directement : « vous considérez-vous victime d'inceste ? ». Le répondant décide seul de ce que le mot recouvre.
→ Sondages Ipsos / Face à l'inceste. Capte l'évolution de la parole, plus fragile en valeur absolue.
Conséquence : le « 11 % » d'Ipsos (auto-déclaré) et le « ≈ 10 % » de la CIIVISE (caractérisé) ne mesurent pas la même chose — on ne peut pas les comparer directement.
• CIIVISE 2023 synthétise les grandes études (surtout VIRAGE-INED, 27 268 personnes). Le « 160 000/an » et le « 2 à 3 par classe » en sont des transpositions, pas des comptages directs.
• Deux CIIVISE à ne pas confondre : d'un côté cette synthèse d'enquêtes représentatives, que nous utilisons pour les fréquences ; de l'autre les 30 000 témoignages recueillis par appel public — précieux pour les parcours, mais non représentatifs : ce sont des personnes qui ont fait la démarche de témoigner, pas un échantillon tiré au sort. Nous n'utilisons jamais ces témoignages pour un pourcentage.
• Âge et agresseurs : INED, Population & Sociétés n°612 (2023), enquête Inserm-Ciase 2021.
• Conséquences sur la santé : Hailes, Yu, Danese & Fazel, umbrella review de 19 méta-analyses (≈ 4 millions de personnes), The Lancet Psychiatry (2019).
• Comparaison mondiale : The Lancet / IHME (2025).
• Revictimisation : Walker et al., méta-analyse, Trauma, Violence & Abuse (2019).
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